Comme une petite envie d’y croire


Tu me manques tu me manques tu me manques…

…tu m’as tellement manqué. Et maintenant ? Maintenant, je me retourne encore ou enfin sur quelques lignes, une page froissée, et plus de quatre mois, sans compter la dizaine qui m’avait fait en arriver là.

Et qu’est-ce que ça me dit ? Des banalités, forcément, beaucoup. Du genre : tu as été bien naïve, ma pauvre fille, dit le petit diable, mais non, tu savais bien au fond de toi, répond le petit ange. Et pendant que les deux crétins se chamaillent, et à qui la faute mais y a-t-il seulement une faute et cætera, il y a ce qu’il me reste d’envie d’y croire qui marmonne que quoi qu’il en soit ça a bien assez duré et cætera. Et dans ce brouhaha, qui écouter ? Chacun son tour, un peu de discipline ou on ne s’en sortira pas !

Naïve, a dit le diablotin, qu’il explicite ! Ben oui, naïve d’avoir pensé pouvoir tirer quoi que ce soit de ce gars-là. Intervention du petit ange ? Oui… mais naïve, certes pas ! Pas d’illusion de vie à deux, un peu d’espoir, soit, mais pas vraiment d’illusion. Et puis, il y avait bien quelque chose à en tirer, du gars, tant que ces deux-là se voyaient encore et qu’ils partageaient encore un peu, y compris les espoirs cultivés, savamment, des deux côtés ! L’angelot verdit en s’entendant raisonner. C’est pas vraiment de la naïveté, de prendre les miettes en espérant le gâteau qu’on n’aura jamais… si ?

Le diablotin jubile, dirait-on. De la naïveté, de perdre son temps à prendre sur soi en ravalant ses désirs et son amour propre, doublée d’une bonne dose de masochisme, oui ! Elle y a cru, et trop longtemps, encore ! Elle n’y croyait pas, se défend l’asticot ailé, elle savait ! Elle n’y croyait pas même si elle avait une folle envie d’y… Et là, tous les regards se tournent vers le troisième larron, le grand absent du débat, le trop muet pour être honnête : la petite envie d’y croire, celui qui avait connu la grande époque de la « folle envie d’y croire », oui, mais qui au milieu de ses accusateurs s’était fait tout tout petit !

L’accusé se lève ? Qu’il parle ! À vous entendre, gémit le petit bout, tout est ma faute… Je vais peut-être vous surprendre : je ne nie rien. C’est vrai que c’est moi qui ai fait durer le calvaire dans l’espoir de je-ne-sais-quoi d’impossible, sans conteste. Pendez-moi pour ça, si vous le voulez, et pendant que vous y êtes, clouez-moi au pilori de la résignation ! Vouez-nous tous dans un même élan à une perpétuité dépassionnée. Oui, c’est ma faute, toutes ces larmes, ces déceptions, tout, même les colères, les regains déraisonnables d’espoirs voués à crever comme un vieil abcès avarié, tout.

Il y a juste un détail que vous semblez négliger, outre le fait insignifiant que c’est un peu moi qui maintiens toute cette joyeuse troupe en vie, s’entend. Si aujourd’hui doit être en quelque sorte le jour du grand réveil, si aujourd’hui madame en a ras la casquette de prendre des coups de galoche dans l’amour propre et, même, si aujourd’hui elle commence à avoir envie d’y croire pour de vrai, c’est à dire de croire que c’est possible, l’amour, messieurs les jurés, possible avec un autre, et qu’il faut d’abord renoncer à celui-là, qu’il ne mérite pas l’honneur de la torturer sans rien en retour, eh bien si tout ça, chers censeurs, ce n’est pas à vous et vos débats de parlementaires qu’elle le doit, c’est à l’envie d’y croire, c’est à moi !

C’est ce qui vous perd qui vous sauve parfois… Le diablotin a quelque chose à redire ? Oh, tout ce qu’il en dit, c’est que ça prouve rien ! Juste qu’un salaud qui vous jette à l’eau puis vous lance une bouée reste un salaud et qu’on va pas lui dire « merci, l’eau était un peu froide mais j’ai apprécié la baignade », ça non alors ! Peut-être, balbutie l’angelot, enfin peut-être qu’on devrait juste lui dire d’être un peu plus prudent la prochaine fois, non ? Après tout, c’est vrai : il a fait grand tort à la dame mais sans lui tout serait d’un sombre.

La petite envie d’y croire sourit d’un air aussi absent que sarcastique. L’accusé se fout du jury. De toute façon, ce tribunal de guignols ne peut rien contre lui et puis il a bien d’autres clowns à fouetter.

Debout les rêves, l’amour monte !
…tu m’as tellement manqué, pour sûr, mais si ce doit être dommage, maintenant, ce sera dommage pour toi. Désolée.