On ne choisit pas sa planète…


On ne choisit pas sa planèteAlors, voilà : on se retrouve embringué dans un bout de monde, celui où l’on naît, on fait son petit bonhomme de chemin, on se fait couper le cordon, taper sur les fesses en signe de bienvenue, on se voit obligé d’enfourner dans sa petite bouche un gros bout de caoutchouc avant d’avoir eu le temps de dire ouf (ou même areuh), et c’est parti… C’est parti pour une vie !

On suit une route. Chacun la sienne, mais finalement, toutes dans la même direction. Et pour cause, la route est bordée de garde-fous qui tiennent plus du fil barbelé électrifié que de la rassurante rambarde. Tant qu’on ne les touche pas, ils semblent nous protéger de dangers ignorés mais forcément réels, mais quand on commence à se demander s’ils ont une vraie raison d’être, ils deviennent une entrave intolérable à la liberté individuelle.

Alors voilà : on se retrouve entre amis dans un bout de salon, celui où l’on vit, on fait une pause sur le chemin en discutant autour d’un verre des vies dans lesquelles on s’est retrouvés embringués… et là, on commence à s’interroger. Nous avons grandi, nous avons fait nos choix, orienté nos parcours professionnels, relationnels, construit des lambeaux de personnalité autour de ce qui nous a été donné ; mais qu’avons-nous vraiment choisi ? Combien de nos choix ont été faits par dépit parce que, dans la palette des possibilités, trop des options envisagées étaient marquées d’une croix rouge qui voulait dire « tu n’as pas le droit » ? « C’est mal », « c’est impossible », « ce n’est pas normal », « c’est interdit »… ils sont là, les soi-disant garde-fous, dans chaque décision que l’on prend, dans nos choix de vie.

Alors, oui, peut-être avions-nous bu un verre de trop quand un jour, autour de ce verre, nous avons commencé à nous demander pourquoi… pourquoi ne pourrait-on pas se demander pourquoi ? Pourquoi serait-ce mal, impossible, anormal ou interdit ? Mais quel bonheur quand on s’aperçoit qu’une raison existe et qu’elle est très mauvaise ! Voilà qui ouvre la porte à de tout autres conceptions des choix que nous aurons encore à faire.

Dès lors, il a semblé plutôt facile et enivrant de continuer le travail : arriver tant que possible à faire table rase dans le champ des acquis, des préconçus, tout remettre en question, même si parfois c’est pour revenir à la réponse initialement admise. Au fond de chaque impasse, se demander « pourquoi » et ne jamais se satisfaire d’une réponse aussi ridicule qu’un « c’est mal ». Accepter en un mot d’envisager absolument toutes les possibilités, sans aucune limite morale, religieuse, affective, pour mieux reconstruire des limites plus rationnelles. C’est assez inconfortable ; on aime à s’entourer de remparts préétablis comme d’un cocon, mais l’effort vaut la chandelle, la liberté que l’on y gagne et la richesse qu’elle donne à l’existence valent bien quelques angoisses.

Un jour, on s’aperçoit que l’on ne choisit pas ses parents. Ensuite, on se résigne. Plus tard, on s’aperçoit que l’on ne choisit pas ses idées, et là… nous sommes quelque uns à trouver le constat totalement inacceptable. On ne peut plus être accusé de faire un caprice d’adolescent. C’est en adulte que nous décidons de bousculer un peu les voies conventionnelles de la pensée actuelle, parce qu’il n’y a pas qu’à « l’âge bête » que l’on peut à tout bout de champ lancer des « pourquoi ».
Enfin, peut-être qu’à force de chercher les « pourquoi » des lois morales, on pourra enfin conclure au « pourquoi pas autrement ».

C’est assez simple, on ferme les yeux, on prend sa planète entre les mains, on souffle un grand coup dessus pour balayer tout ce qu’elle porte d’humanifié, puis à la force de son esprit et sans s’interdire quoi que ce soit, on imagine sa planète parfaite, sans se soucier de ce qu’il est possible ou non de réaliser concrètement, la planète sur laquelle on rêverait de vivre, on organise tout son petit monde. La moitié du travail est fait ! Il suffit de revenir sur terre, d’encaisser le contraste entre la planète imaginée et celle que l’on voit de ses yeux, puis de reprendre chaque chose, point par point, relations humaines, travail, religion, famille, langage, identité, organisation, géographie, amour, couple, science et tant d’autres, puis de se demander : « et pourquoi pas ? ».

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