Le baptême des athées


Robby knowsJ’ai dit précédemment que l’athée ne connaissait pas de rites d’initiation. Il y a pourtant chez certains la tentation de recréer des symboles, des totems, des signes de reconnaissance et, d’une certaine façon, des rites dangereusement proches du baptême.

Bien sûr, il n’existe rien de tel qu’un baptême athée, mais…

On trouve sur Internet un certain nombre de pages consacrées à une soi-disant « débaptisation ». De quoi s’agit-il ? De faire « annuler » son baptême auprès des autorités religieuses.

D’accord, mais de quoi s‘agit-il vraiment ? De se laver de toute trace d’appartenance religieuse ? De renaître athée ? C’est parfois l’impression que ça donne. Ce ne serait alors qu’un autre baptême, voué à l’échec car ceci ne fera pas de vous un athée, puisque je l’ai dit, le concept même de baptême athée est une plaisanterie. Prise par ce bout, la débaptisation est de toute façon un contresens (comme le rappelle Michel Onfray dans l’une de ses chroniques, [source disparue]) car vouloir faire annuler un baptême, c’est par essence lui accorder une valeur, ce qui ne peut être le cas d’un athée.

Certains de ceux qui prônent la débaptisation disent ne pas le faire pour eux-mêmes mais pour que l’église cesse de les compter parmi ses moutons. À ceci, deux petites réponses :

  1. Si vous disparaissez des registres comptables, la dite église, crispée sur ses dogmes, ne cessera pas pour autant de vous considérer comme l’une de ses brebis, égarée mais non moins ouaille, parce que le baptême est à ses yeux « indélébile ». Si ce qui vous préoccupe, c’est la façon dont l’église vous regarde, c’est donc raté !
  2. Revient-il à l’église de vous définir (de vous enregistrer) comme non-croyant (ou comme croyant) ?

Sur ce second point, j’aimerais raconter une petite histoire personnelle mais qui me semble facilement extrapolable.

Je suis athée (j’ai cru entendre un petit malin siffler « on s’en serait pas douté »). Pire qu’un baptême peut-être, j’ai été décrétée juive dès ma petite enfance. Garçon, j’aurais pu être circoncis, histoire de marquer plus profondément dans ma chair l’appartenance, mais je suis née chromosomes XX. Mon nom n’est consigné sur aucun registre et pourtant il m’a été clairement stipulé que je n’avais pas mon mot à dire. La judaïté serait un phénotype transmis génétiquement par la mère. Convaincue que j’étais et que je suis restée de ce que ni les croyances religieuses ni l’identité culturelle ne sauraient être instillés dans les gènes, j’ai réfuté l’appartenance. Aurais-je dû, dans la logique de la débaptisation, m’empresser d’écrire au rabbin du quartier pour l’en informer (« au fait, je ne suis pas juive, pourriez-vous noter ça quelque part ? »). Je suis athée, et de la culture juive ashkénaze de mes aïeux, j’ai hérité à peine assez pour pouvoir revendiquer des origines, certainement pas une identité propre. Je suis athée et ce ne sont ni les communautés juives ni les autorités religieuses qui en ont décidé. Qu’elles puissent éventuellement le contester ne change rien à l’affaire. Suprême perversité, certains, travaillés par une histoire de persécutions, usent même de la culpabilisation, sous la forme d’un étrange appel à la solidarité : « pour un nouvel Hitler, ton matronyme juif suffirait à te définir comme telle et tu finirais comme tes ancêtres… ». Je peux être solidaire sans être juive. Et quand bien même on me persécuterait sous prétexte d’une identité, cela ne ferait qu’affirmer mon appartenance au groupe des persécutés, mais en aucun cas autrui ne décidera de ma judaïté.

Amis athées baptisés, il n’existe à ma connaissance aucune procédure de déjudaïsation, alors si vous pensez qu’une débaptisation est nécessaire à la reconnaissance de votre athéisme, signifiez-vous que je suis condamnée à la judaïté ? Soyons sérieux ! Aucune autorité ne reconnaîtra votre athéisme et la bonne nouvelle, c’est que vous n’avez pas besoin de cette reconnaissance illusoire pour être athée !

Conclusion : vous avez réussi à vous sevrer d’une foi que vous avez jugé par trop indigeste, félicitations. Maintenant, pourquoi ne pas simplement renoncer à chercher le sein d’une mère qui ne veut pas de vous et dont vous savez, au fond de vous, n’avoir aucun besoin ? Oui, pourquoi pas ?

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