Il y aura de la place pour tout le monde


Au chapitre de l’amour, ouvert dans une précédente chronique, il y a un épineux paragraphe : celui de la « fidélité ». Le mot à lui seul est lourd de connotation. Un petit tour dans le dictionnaire est toujours instructif :

« Souci de la foi donnée, respect des engagements pris »

« Respect de la foi conjugale, respect de l’engagement pris envers la personne aimée de lui être exclusivement attaché »

« Caractère d’une personne qui ne varie pas dans ses opinions, son comportement, qui suit sans s’en écarter un certain idéal »

« Attachement d’un animal à son maître » (oups)

Au terme de fidélité, pour toutes ces raisons, préférons celui d’exclusivité, car dans notre réalité contemporaine, il s’agit avant tout de cela.

Qu’en dire alors ?

Qu’elle est la source de déchirements inutiles, individuels et relationnels, pour une simple raison : il est inenvisageable pour l’immense majorité d’entamer la moindre remise en cause de cet autre axiome (l’infidélité, c’est mal, c’est moche, c’est beurk). Au mieux s’échange-t-on des avis, entre la poire et le fromage, sur la meilleure attitude à tenir pour assumer ses infidélités. Le dire ou le taire ? Le débat est frileux et stérile.

Il est tout à fait clair que l’être humain sexué est amené à ressentir des attirances et des désirs et il est très probable que ceci se produise à plusieurs reprises au cours de sa vie.
Il est tout à fait clair (hormis pour les masochistes et les adeptes du sacrifice, nombreux au rang des croyants en tous genres) que ni la résignation, la frustration, ni la tromperie, les contrats de dupes, ne sont sources de satisfaction.

Si l’exclusivité implique de nier nos besoins primaux, au prix de l’insatisfaction, il est tout à fait clair qu’elle n’est tout simplement pas viable.

cœur graffiti Lyon

Une fois de plus, acceptons de soumettre au feu de l’argumentation ce que l’on se refuse habituellement à contester.
En clair, que donnera une relation amoureuse sans exclusivité ? De la jalousie, de la souffrance, disent certains. Mais en réalité, la souffrance découle de ce que l’on se juge trahi(e). Si le contrat stipule la liberté, il n’y a plus de trahison. Plus rien à redouter. En clair, je ne perds plus mon énergie à craindre que tu tâtes d’autres cuisses puisque je sais que tu le feras si tu le désires. Quel apaisement ! De plus, notre jalousie est souvent la rançon que nous faisons payer pour notre propre « fidélité » et la violence que nous nous faisons pour nous y tenir. Libres nous-mêmes, nous avons beaucoup moins le goût de reprocher à l’autre sa liberté. Que nous usions ou non de cette liberté.
Sans compter qu’un être satisfait est sans doute bien plus apte à aimer.

Oui, nous pouvons passer un contrat amoureux, tissé d’affections plus ou moins passionnées, d’échanges, de projets et de réalisations communs, de sexualité, de ce que nous décidons d’y mettre. L’existence de partages avec d’autres personnes, qu’ils soient sexuels et/ou intellectuels, affectueux, ne retire absolument rien au contrat, ou aux contractants. Peut-être est-ce réellement cela, la fidélité, le « respect des engagements pris », « sui[vre] sans s’en écarter un certain idéal ». Alors soyons fidèles, mais ne soyons pas exclusifs ! Et pourquoi pas ?


Note : joyeux 21ème siècle qui voit prêcher les abbés Mocky, misogynes puritains qui se donnent des airs d’hommes libérés, mais pour qui l’on est infidèle lorsque l’on n’est pas satisfait sexuellement par sa régulière et pour qui une mère de famille qui va faire « une gâterie » à un amant et rentre ensuite embrasser ses enfants, c’est, je cite, « dégueulasse » ! Entendu sur France Inter, le 22/08/06, lors d’un soi-disant débat entre Monsieur J.-P. Mocky et l’Abbé de la Morandais… consensus arriéré, en réalité, plus que débat, le plus réactionnaire n’étant pas forcément celui que l’on pense. Faut-il vraiment commenter ? Du moins, faut-il entretenir une vigilance aiguë face à ce genre de propos.

Note 2 : vigilance aussi face aux hypocrisies de ceux qui reprennent à leur compte cette conception de la liberté sans se préoccuper de l’inscrire dans une éthique globale. On ne saurait être libre aux dépends des autres ! Un contrat se passe à plusieurs, en connaissance de cause. Qu’il s’agisse de l’autre au sein du couple ou des autres en général, chacun doit être informé et signataire. Sans quoi, l’être qui se dit libre n’est qu’un consommateur hypocrite qui utilise la liberté à sens unique, comme un moyen de ne rien devoir donner mais sans scrupule pour prendre.

Note 3 : beaucoup affirment encore que les femmes ressentent moins de désirs, et pour moins de personnes. La femelle humaine ayant un cycle reproductif lent et laborieux, les mâles ont intérêt à la compétition pour les engrosser et ils ont intérêt à leur exclusivité pour s’assurer une descendance. L’être humain est un animal comme les autres. Mais vous savez quoi ? La pilule est autorisée depuis 1967 et les boyaux de bestiaux font de merveilleuses capotes depuis des siècles ! Les voies du plaisir féminin sont peut-être légèrement différentes mais les mécanismes du désir ne sont qu’inhibés chez certaines par un long serinage de propagandes archaïques.

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