Homéopathie, une histoire de rien (du tout)

Homéopathie en poudre pour diabétique


L’étymologie même du mot est déjà un mensonge. « Homéo », préfixe d’origine grecque signifiant le semblable, « pathos » la maladie. De fait, cette vieille fable prétend soigner le semblable par le semblable, la maladie par la maladie. Sauf que… inoculer la maladie, bah, ça rend malade. Alors un autre principe a été habilement ajouté au premier : la dilution. On va dire que l’eau a une mémoire, comme ça, on pourra diluer la maladie dans un océan et puis on prendra une goutte dans cet océan et on soignera la maladie avec le souvenir que cette goutte a gardé de la molécule de maladie noyée dans l’océan… pfiou.

Bien sûr, l’eau a beaucoup de qualités (surtout quand il s’agit de diluer mon pastis), mais côté mémoire… pschitt. Des gens bien méritants ont pris la peine de tester l’hypothèse et cela fait déjà bien longtemps qu’elle est tombée… à l’eau (ouais, bon).1

Le truc, c’est que du coup, dans votre granule, il n’y a rien. Donc rien de « semblable » à la maladie traitée. Ni homéo ni pathie, donc.

Sur la planète bêta, il existe un petit pays du nom de France où plus de la moitié des habitants disent recourir à l’homéopathie. Ces moins de 1 % de la population mondiale consommeraient 20 % de la production homéopathique. Grand bien leur fasse…

Sur la planète 2.0, nous n’avons pu rester sourds au niveau de preuve proprement pharaonique sur l’absence d’efficacité des produits homéopathiques. Le nombre d’études menées est colossal et le consensus scientifique est absolu comme rarement.2

Nous aurions pu rejeter la chose simplement sur la base de ses principes fondateurs pour le moins farfelus, contraires à tout l’état des connaissances. Mais après tout, l’argument n’était pas suffisant. Il aurait pu y avoir là un mystère à explorer pour la science. Oui, mais. En médecine, seule l’efficacité compte. Or d’efficacité, il n’y a point, en l’occurrence, cela est solidement établi.

Pas d’efficacité, donc pas d’effets indésirables. Ou le contraire ? Car, oui, l’argument de l’innocuité a quelque chose de paradoxal, le seul produit pouvant se targuer de n’avoir aucun effet indésirable étant celui qui n’a pas d’effet du tout… mais passons. Absence d’effets secondaires n’implique pas absence de danger.

Le danger direct est celui d’un retard, ou d’un défaut total, de soins réels, efficaces. Des faits divers surgissent régulièrement pour illustrer des méfaits des pseudo-médecines à cet égard.3 Les dangers sont également indirects, avec un risque de rejet de la médecine « fondée sur les preuves » et ses conséquences sanitaires, ainsi que l’instillation de conceptions irrationnelles autour du corps et de la santé, un renforcement de l’obscurantisme médical.

Par souci pour la santé publique, sur 2.0, vous l’aurez compris, de sérieux ajustements ont été effectués :

  1. Les produits homéopathiques n’ont pas le droit de se faire appeler « médicaments » et aucune allégation thérapeutique ne peut les accompagner tant que des preuves scientifiques n’ont pas été apportées.
  2. Ils ne peuvent être ni prescrits par un médecin, ni vendus par un pharmacien ; pour le reste, ils sont soumis aux mêmes règles de vente que n’importe quel produit de parapharmacie.
  3. Ils ne font l’objet de strictement aucun remboursement par l’assurance maladie.4
  4. L’homéopathie étant dénuée du moindre fondement scientifique et médical, son enseignement est exclu des études de pharmacie (ou de tout autre cursus scientifique).

Prenons une minute pour revenir sur les arguments fallacieux et très hypothétiques des opposants au déremboursement sur la planète bêta :

« Si vous les enlevez, les patients prendront des médicaments qui coûtent plus cher, qui seront eux remboursés à 100 % et qui peuvent avoir des effets indésirables. » (Condensé de choses vraiment lues)

Oh la ! tout doux ! tout doux ! D’abord, vous n’en savez rien. Il ne s’agit pas de les enlever, mais de les dérembourser et de les sortir du parcours de soins médical. Ils sont généralement assez peu coûteux (2 € le tube) pour l’utilisateur, qui continuera donc très certainement de les utiliser pour « traiter » des maladies bénignes qui disparaîtront d’elles mêmes, comme ils (patients)/elles (maladies) l’ont toujours fait. S’ils utilisent en remplacement de « vrais » médicaments, ils ne seront pas remboursés à 100 % s’il s’agit de traiter un rhume ! Ces médicaments-là sont déjà déremboursés. Et si par contre, ils doivent recevoir un traitement efficace, effectivement remboursé et plus cher, ce sera probablement qu’ils en avaient besoin pour traiter une « vraie » maladie. Une prise en charge efficace réduira les coûts ultérieurs liés au retard de soins dans ces cas-là. Et, oui, ils pourront connaître parfois des effets indésirables, parce que malheureusement, c’est le lot des médicaments qui ont un effet.

Autre argument, non moins fallacieux : le chantage économique des industriels de l’homéopathie (je ne citerai pas de nom, tout le monde connaît celui du monstre du secteur, cocorico, qui commence par Boi et finit par Ron). L’argument économique n’est jamais viable en matière de santé. Oui, celui-là qui permet de laisser ronronner une industrie du tabac qui tue un utilisateur sur deux. Il n’est jamais viable mais ici, il est même un peu cynique. Bien sûr, le remboursement est une manne pour l’industrie. Mais le déremboursement ne la tuerait pas, c’est certain. L’industrie de la parapharmacie se porte très bien et il y aura toujours des acheteurs de tisane ou de granules. En outre, ils ont beau se positionner sur le marché « anti-allopathie », surfer sur la mode de défiance envers la science, faire croire aux patients qu’ils recourent à des remèdes « plus naturels, plus respectueux », ils sont d’abord et avant tout des industriels qui se font un blé monstrueux sur le dos des patients en leur vendant du sucre à un prix, disons, bien supérieur à celui du sucre, sans avoir à assumer le moindre coût de recherche clinique. Quoi de plus « naturel », effectivement, pour un industriel que la recherche du profit, me direz-vous.

Bref, sur 2.0, les industriels se portent bien, les remboursements n’ont pas explosé, pas plus que les effets indésirables. Les gens sont traités lorsqu’ils en ont besoin, et uniquement lorsqu’ils en ont besoin, car ici, il n’y a pas que le médicament comme réponse au patient.

Ce qui nous amène à un dernier point et non des moindres.

En effet, l’homéopathie (et ses cousines pseudo-médecines) n’ont pas eu que des effets négatifs et sur 2.0, nous leur sommes très reconnaissants de nous avoir appris cette chose : autant le produit homéopathique est sans valeur aucune, autant l’attitude du thérapeute a une valeur thérapeutique certaine.5 Il serait absurde de pas tirer les enseignements nécessaires sous prétexte que tout le reste est à rejeter. Sur 2.0, nous avons développé l’enseignement et la formation continue à l’écoute des patients, sensibilisé les médecins aux effets de la bienveillance, d’une meilleure communication, et nous avons augmenté la durée minimum obligatoire des consultations. Nous continuons de mener des études sur l’ensemble des effets dits « contextuels » (anciennement nommés de façon restrictive « placebo ») et l’usage optimal qui peut en être fait.

Voilà, tout est dit. Ceux qui le souhaitent peuvent continuer de « soigner » leurs rhumes à l’homéopathie. Boiron les en remercie. Sinon, un petit grog, ça vous dit ? Et pourquoi pas ?


1. Pour en savoir plus, voir par exemple http://www.charlatans.info/memoiredeleau.shtml

2. Pour un micro échantillon, voir le rapport du gouvernement australien, le communiqué de l’académie des sciences européenne, de l’académie des sciences russe, la décision des autorités aux États-Unis, et celle du NHS au Royaume-Uni… pompés par mes soins dans l’excellent article de La Menace Théoriste sur le pitoyable traitement médiatique de la « tribune des 124 » … du 18/03/2018.

3. Fin mai 2017, le décès d’un enfant de 7 ans, en Italie, après une otite soignée à l’homéopathie a fait les gros titres de nombreux journaux, par exemple.

4. En France, le remboursement de l’homéopathie par l’assurance maladie « ne représente finalement que 0,4 % de son budget (mais tout de même plus de 50 millions d’euros par an) » [https://www.pourquoidocteur.fr/Articles/Question-d-actu/23078-Homeopathie-experts-europeens-jugent-inefficace]. Pas grand chose, donc, juste 50 millions d’euros jetés par les fenêtres.

5. « Des expériences ont déjà essayé de mesurer l’impact sur la sensation de guérison d’attitudes différentes de la part du personnel médical. Ces recherches montrent que la prise en charge des patients, par des « médecins homéopathes » induit de meilleurs effets qu’une prise en charge par des généralistes, alors même que les comprimés donnés aux malades étaient identiques. » « C’est un enseignement précieux : il est possible d’améliorer l’efficacité des traitements affichant autant d’intérêt et de compassion pour le patient que le font les homéopathes. Mais une reconnaissance des talents des homéopathes n’est pas une reconnaissance de l’utilité de l’homéopathie, loin de là. » [https://www.allodocteurs.fr/se-soigner/homeopathie/en-australie-aussi-lhomeopathie-nest-quun-placebo_15838.html]


En bonus, un sublime condensé de l’argumentation des amoureux du granulé, repiqué dans un commentaire sur les réseaux sociaux [warning: ironie inside] :

« C’est faux d’abord parce que moi j’utilise l’homéopathie et ça marche, sinon expliquez moi comment ça marche sur les bébés et les animaux, on voit bien que vous êtes payés par les grands labos, les reptiliens et les illuminatis et « les autres » ;) ;)  nous sachons. »

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