Cygne de voyage pliable (idéal pour le camping, les logements de petite taille, les collectionneurs, etc.)
« Ouaiiiis, mais toi, tu crois bien en la science, et gna gna gna… c’est une croyance comme une autre, et gna gna gna… »
Oui, mais non.
Je ne crois pas en la science, je crois la science. C’est fou comme deux petites lettres de rien du tout font une différence.
Croire en, c’est avoir la foi. Croire, c’est faire confiance.
En d’autres termes, si j’ai la foi, je crois, sans demander de preuves, qu’elle a toujours raison. Si je lui fais confiance, je crois, en attendant d’elle qu’elle m’en donne des preuves, qu’elle a le plus souvent raison.
Ce n’est pas du scientisme, ça s’appelle de la croyance par délégation. Je laisse à ceux qui sont plus compétents que moi le soin de produire la connaissance, de la contester, de la confirmer, de la mettre à l’épreuve des faits. Je ne déléguerai pas le choix de mon traitement anticancéreux à ma boulangère, quand bien même ses croissants soignent merveilleusement ma morosité matinale. Je ne demanderai pas à un garagiste de m’expliquer les lois de la thermodynamique, quand bien même je ne doute pas de ses connaissances sur le moteur à combustion.
il en va de la loi comme de la science : un concept immuable, qui ne s’actualise pas à la lumière de l’évolution des connaissances et du réel, est un concept inique
il convient de procéder à une révision complète des textes de loi suivants
Prologue : « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. »
Alors, déjà, on ne se connaît pas, je ne te permets pas de me tutoyer. Ensuite, je suis allée en Égypte une seule fois, de mon plein gré, j’en suis sortie toute seule comme une grande et je tiens à dire que j’y ai été très bien traitée. Enfin, tu peux t’autoproclamer « éternel » et « dieu », même avec une majuscule, si ça te fait bander, mais c’est moi et moi seule qui décide qui est « mon » dieu. En l’occurrence :
oui, je suis polythéiste et je fais ce que je veux
Article 1 : « Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi. »
Tu m’écoutes ou quoi ? Je viens de te dire que j’étais polythéiste ! Après, si c’est le « face à moi » qui te rend chafouin, je veux bien adorer mes dieux dans ton dos, mais vu qu’il paraît que tu es omnitout (omniscient, omniprésent, omnipotent, et omnichiant, apparemment), ça risque d’être compliqué. On fait quoi ?
Article 2 : « Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne les serviras point ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punit l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent et qui fais miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements. »
Putain, il est long, celui-là ! Un vrai catalogue de red flags… Bon, tu es jaloux, mais tu en es conscient, c’est un bon début. Mais non, ça ne te donne pas le droit de m’interdire de faire de la sculpture ou des gravures si j’en ai envie (tu aurais sans doute ajouté les photos, si tu avais eu un smartphone – par contre, j’ai pas compris : j’ai le droit de dessiner ?). Bon, pis c’était vraiment la peine de détailler « dans le ciel blablabla, sur terre blablabla et dans l’eau blablabla » ? Tu pouvais t’arrêter à « choses », non ? ça alourdit vachement le propos, je trouve, enfin, c’est juste mon avis. Bref, revenons à ton problème de jalousie. Tout bon psy (ou ami, si t’en as) te le dirait : ta jalousie n’a rien à voir avec moi, c’est juste ton insécurité qui s’exprime. Si je peux me permettre, elle transpire aussi dans cette façon que tu as d’essayer de te faire mousser. Quelqu’un qui dit trop combien il s’aime, c’est toujours un peu suspect. Ah oui, et aussi, une petite question logique : tu punis jusqu’à trois et quatre générations (donc, quatre, en fait ?) ceux qui te haïssent mais tu « étends [ta] bienveillance à la millième » pour ceux qui t’aiment. C’est cumulable ? Si dans la filiation, il y en a un qui t’aime, un qui te hais, un qui t’aime, un… tu fais comment pour gérer les punitions et la miséricorde ? Ça doit être vachement compliqué. Blague à part, je fais ce que je veux. Mes pratiques artistiques ne te regardent pas et si je veux me prosterner devant une représentation quelle qu’elle soit, je n’ai pas besoin de ton autorisation. La jalousie est une maladie grave, je ne t’appartiens pas et je pense vraiment que tu devrais consulter.
Article 3 : « Tu n’invoqueras point le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne laissera point impuni celui qui invoque son nom en vain. »
Je peux comprendre que tu n’aies pas envie de recevoir des textos au milieu de la nuit, mais il faut vraiment que tu fasses quelque chose pour tes problèmes de gestion de la colère, mec. Ne pas me laisser impunie, c’est une menace pure et simple. Une chouille disproportionnée, qui plus est. Si tu reçois trop d’appels qui ne servent à rien ou qui t’importunent, tu peux bloquer les numéros, tu sais ? ou t’inscrire sur la liste d’opposition au démarchage. Et si c’est tes potes qui te harcèlent, tu peux en discuter calmement. Pas obligé de passer tout de suite aux menaces. Sinon, si par « invoquer », tu veux dire que tu n’es pas fan de ceux qui citent ton nom à toutes les sauces pour justifier tout et n’importe quoi… il faudrait que tu viennes faire un tour par ici, sur la petite planète bleue, parce que pour le coup, c’est vrai qu’il y a un paquet de gens qui se servent de ton nom pour cautionner les horreurs qu’ils commettent. Et avec les deep fakes, ça ne risque pas de s’arranger. Après, ça ne va pas te plaire, mais il y a un truc qui s’appelle la liberté d’expression et auquel on est assez attachés, ici. Dans les limites de nos lois. Donc, ton nom, bah, j’en fais ce que je veux. Blasphème inclus.
Article 4 : « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour : C’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. »
Et c’est reparti pour la logorrhée… Désolée de te décevoir, mais cet article a déjà été amendé. Ton ordre est donc caduc, illégal. La norme est à la semaine de cinq jours. Et histoire de te foutre encore plus en rogne, il y a plein de gens qui bossent le dimanche, ou n’importe quel jour de la semaine, en fait. Quant à nos jours de repos, au risque de me répéter, on en fait bien ce qu’on veut. Monsieur (qui au passage parle de lui-même à la troisième personne) a fini tout son taf en six jours, donc on devrait tous se caler sur son rythme de travail ? Bah non, ça ne marche pas comme ça. Et comme il est super fier de la qualité de son job, on devrait tous passer notre temps de loisir à le féliciter et à faire la sieste avec lui, parce que le pauvre choupinou s’est donné à fond ? (Avec six jours de boulot dans sa vie éternelle, il a tous ses points retraite ?) Niet, je bosse quand je veux (ou quand je peux) et je fais du reste de mon temps ce que bon me semble. Ma liberté n’est pas négociable, combien de fois je vais devoir te le dire ?
Article 5 : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne. »
Petit point de rappel sur l’état de la loi (la vraie) : oui, un enfant a une obligation dite « alimentaire » à l’égard d’un parent qui n’est pas en mesure d’assurer ses propres besoins, sauf dispense. En revanche, aucun enfant n’a l’obligation d’aimer ou d’honorer ses parents. Si c’est pour ta petite personne que tu t’inquiètes, monsieur dieu le père, tu peux peut-être en discuter avec ton fiston (tu sais, celui que tu as regardé se faire zigouiller avec délectation et qui, à ma connaissance, est rentré au bercail depuis). S’il ne t’honore pas assez à ton goût, il y a peut-être un peu de remise en question à faire. Aucun parent n’est parfait, mais on peut toujours s’améliorer. Ou essayer. Quant à nous, fiche-nous la paix. On honorera nos parents s’ils le méritent.
Article 6 : « Tu ne tueras point. »
Et bah tu vois ! Quand tu fais court, c’est vachement mieux. Là-dessus, on peut se mettre d’accord. Même s’il est un peu regrettable d’avoir à le préciser. Et même si personne ne devrait être motivé par l’obéissance à un dieu vengeur pour respecter une loi aussi évidente. Le bon sens, la protection réciproque inhérente au désir de « vivre ensemble », devraient y suffire. Mais admettons. Cet article ne sera pas abrogé. Toutefois, un petit rappel semble là encore s’imposer : nul n’est au-dessus des lois, pas même (surtout pas) celui qui la promulgue et ceux qui s’en font les gardiens. D’ac ?
Article 7 : « Tu ne commettras point d’adultère. »
Je salue l’effort : tu as fait court, là aussi. Mais tu t’es foiré. Peut-être le manque d’expérience pratique ? (Non, l’insémination spirituelle d’une femme mariée à un charpentier, ça ne compte pas comme de l’expérience. Par contre, gros point contre ton camp, espèce de faux-cul. Parles-en à Joseph.) Cela étant dit, occupe-toi de tes fesses. Tant que je respecte mon ou ma partenaire, je fais bien ce que je veux des miennes.
Article 8 : « Tu ne déroberas point. »
Globalement, c’est vrai : sauf nécessité vitale ou désobéissance civile, il est préférable d’éviter les larcins. Bizarrement, ce commandement est davantage respecté, statistiquement, par ceux qui sont dans le besoin que par ceux qui n’ont d’autre besoin que celui de posséder toujours plus. Comme quoi la loi divine est toujours moins efficace que l’éthique personnelle. Je dis ça, je dis rien.
Article 9 : « Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain. »
Vu la gueule de la justice à l’époque où tu as rédigé tes lois, je peux raisonnablement supposer que tu ne faisais pas référence au délit de faux témoignage caractérisé, punissable de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. Les exégètes me donnent raison, puisqu’ils considèrent ce commandement comme une condamnation plus générale du mensonge.* Pardon, j’ai ris. Pour une religion, condamner le mensonge, c’est quand même une putain de mise en abîme, non ? La « vérité révélée » reste le plus pur des oxymores. Ne t’en déplaise, le mensonge est parfois une nécessité, souvent une politesse et occasionnellement un crime. Le tout est d’en faire usage avec discernement.
Article 10 : « Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. »
Avant d’en venir à la convoitise, tu ne vois pas comme un problème dans ton énumération, là ? Sa femme, son bœuf ou toute autre chose qui lui appartienne, vraiment ? Tu as besoin que je précise ou tu veux reformuler sans attendre ? C’était peut-être ok en ton temps, en moins super longtemps avant ton fils, mais aujourd’hui, en #meetoo plus neuf, plus grand monde n’a envie de sourire à ton humour de patriarche misogyne. Maintenant, pour entrer au cœur de la question : convoiter, c’est quoi ? D’après le dico, ça veut dire « désirer avec avidité ». Je t’ai concédé l’article 8, au moins partiellement : chouraver, on évite. Mais là, on parle d’autre chose. Tu entends régir mes désirs. Et sur ce coup, gars, on tombe dans l’emprise mentale. Je ne te permets pas.
il est décidé en conséquence que :
Les articles 1, 2, 3, 4, 5, 7 et 10 sont abrogés. L’article 6 est conservé. L’article 8 est amendé comme suit : « Tu ne voleras point. Si tu venais malgré tout à voler, les circonstances atténuantes ou aggravantes seraient seules à même de déterminer si la violation est punissable et dans quelle mesure. » L’article 9 est amendé comme suit : « Tu ne feras point de faux témoignage sous peine de poursuites en vertu de l’article 434-13 du Code pénal. Pour le reste des mensonges, je fais confiance à ton intelligence pour distinguer quand ils relèvent de la civilité, voire de la bienveillance, et quand ils sont mal intentionnés. »
* Croustillant (la paille, la poutre). Les dix commandements pour les nuls, racontés par l’église de Nancy : « Mentir signifie parler ou agir consciemment et délibérément contre la vérité. Celui qui ment s’abuse lui-même et trompe ceux qui ont le droit de connaître toute la vérité. » (https://www.catholique-nancy.fr/wp-content/uploads/sites/45/2022/03/les-dix-commandements-explications.pdf)
La « pleine conscience », je n’ai rien contre dans l’absolu. C’est très bien (parfois). Mais ça n’a juste rien à voir avec la conscience.
Si j’engloutis mon repas devant la télé, je suis parfaitement consciente que je suis en train de bouffer.
La prétendue « pleine conscience » n’est en réalité qu’une affaire d’attention.
De fait, l’attention est une ressource limitée, extrêmement convoitée par les « acteurs du marché » en ce siècle.
Alors, s’il s’agissait uniquement de se réapproprier son attention, de reprendre le pouvoir dessus, je n’aurais aucune objection. Mais inexorablement, le cordon ombilical qui rattache un concept pas-totalement-pourri à sa mère, la religion, finit par contaminer le rejeton avec ses miasmes mystiques.
Pour ceux qui peuvent se payer ce luxe, je vois très bien les bénéfices qu’il peut y avoir à muscler l’attention que l’on sait prêter aux plus petites de nos sensations et émotions agréables. Toutefois, la « doctrine » va bien plus loin. Elle nous invite à nous déconnecter de notre part cérébrale, à accepter tout ce qui vient « sans jugement » et « sans attente », pensées comme sensations physiques, agréables comme désagréables. Et c’est là que ça chie.
Pardon, mais je ne crois pas que l’époque ait besoin de plus de gens qui arrêtent de réfléchir pour ne plus être que des communiants.
On peut être un individu rationnel et savoir prendre soin de soi, y compris en pratiquant à l’occasion ce que je préférerais appeler une « attention dirigée ». Et on peut le faire avec jugements et attentes, non pas en les rejetant, mais en les remodelant. Non pas en débranchant son cerveau, mais en s’en servant.
En attendant, je vous salue et je retourne à ma pleine inconscience.
Arrêtez-moi si je me trompe mais cette rengaine de l’extrême droite, « être français, ça s’hérite ou ça se mérite », c’est bien la même idée que nous vendent à demi-mot les droitistes de tout poil au sujet de l’argent (et éventuellement du pouvoir qui l’accompagne), non ?
L’idée est tout aussi vomitive. Les implications sont toutefois assez différentes.
En matière de gros sous :
L’idée du mérite me débecte, puisqu’elle qui revient au mieux à nier les injustices, celles qui favorisent autant que celles qui défavorisent (biais d’attribution et tutti quanti). Mais défendre l’héritage, ce n’est plus faire semblant de ne pas les voir, c’est embrasser ces injustices de toutes ses forces, ce qui me semble être pire encore.
Les sous-entendus :
Si tu en hérites, peu importe que tu le mérites (ou bien, tu mérites d’en hériter ? non, quand même pas ? si ? ! ?)
Si tu l’obtiens sans en avoir hérité, c’est forcément que tu l’as mérité (oubliant au passage tout ce qui a pu favoriser grandement ta « réussite » ; encore un de ces biais d’attribution).
Alors, comment mérite-t-on de s’enrichir ?
Je travaille dur, dis le monsieur, en nous rappelant qu’il ne compte pas les heures passées sur son fauteuil ergonomique (ceux qui font les trois huit pour un misérable smic, ceux qui se retrouvent avec des troubles musculosquelettiques à force de mouvements répétitifs, ceux qui subissent les cadences infernales du néomanagement, ceux qui s’échinent dans des boulots usants pour mille et une raisons, ceux qui bossent tout court, sagement, sans espoir d’enrichissement, eux ne bossent pas assez dur, sans doute)
Je prends des risques (le risque de ne pas pouvoir payer la facture d’électricité à la fin du mois ? le risque de ne pas pouvoir manger à sa faim ? ou bien le risque de devoir mettre son entreprise en faillite et ses employés à la porte ? Très mesurés, les risques, non ?)
J’ai eu une bonne idée (à la limite, oui, d’accord)
« Je ne l’ai pas volé, cet argent ! » (juridiquement, soit… éthiquement, on peut en discuter ? Quand l’enrichissement se fait aux dépens d’une force de travail toujours rémunérée au plus bas, entre autres, on devrait pouvoir en discuter)
Et sinon, en matière de nationalité :
Hériter d’une nationalité ne me semble pas poser question. La nationalité est l’un des cailloux dans le champ de cailloux de notre identité personnelle. On y met ce qu’on veut. Une langue, des habitudes culturelles, une histoire qu’elle nous « appartienne » ou non, un territoire géographique, local ou moins local, tout ça, rien de tout ça ou autre chose. Peu importe. Chacun fait sa cuisine avec ce qu’il trouve de « français » en lui. Que l’on hérite pour partie de cette identité, c’est naturel. Comme on hérite de sa famille tout un tas de briques d’identité.
Mériter une nationalité ? une toute autre affaire. Qu’est-ce que ça peut bien vouloir dire dans leurs têtes montées à l’envers (pour rester polie) ? Adhérer à des valeurs ? Quelles valeurs ? Les valeurs de qui ? Non, parce que si on devait retirer la nationalité à tous ceux dont les valeurs me donnent la nausée, nous connaîtrions une sérieuse crise démographique.
Pour nous éclairer sur ce dernier point, le dernier député RN à avoir ressorti du placard mal fermé la p’tite phrase à la rime pas bien riche a ainsi précisé son propos : « Vous ne pouvez pas être Français si vous n’aimez pas la France, sa culture et son histoire ! » Ah. Mais euh… si, on peut, en fait. Ne vous en déplaise, il n’est écrit nulle part dans nos lois que nous sommes tenus d’aimer la France, sa culture et son histoire. (OK, je feins de ne pas comprendre que le monsieur veut dire « vous ne devriez pas pouvoir devenir français si » et non « vous ne pouvez pas être français si ». Mais il n’avait qu’à s’exprimer correctement ! 😉)
Pour ce qui me concerne, je n’achète pas le package. Il y a de larges pans de l’histoire de France que je n’aime pas du tout, du tout. Je ne suis pas sûre de savoir ce qu’est « sa culture », mais si ça ne se limite pas à ses fromages, nul doute que je n’y adhère pas pleinement non plus. D’ailleurs, même en matière de fromage, j’ai mes limites, je déteste le roquefort. Quant à aimer « la France », le concept est encore plus flou. C’est quoi, « la France » ?
Je peux vous dire ce que c’est pour moi : une mosaïque. De personnes, de paysages, d’idées, de cultures, d’histoires, de religions et d’irreligions, j’en passe. Alors, je ne sais pas si j’aime la France. Mais j’aime l’idée qu’elle soit et qu’elle demeure une mosaïque, quand bien même certains fragments, vus de près, sont franchement très laids.
Vu ce qui nous attend, heureusement que j’ai hérité de ma nationalité…
À ne pas confondre avec : « apophénie », symptôme apparenté, figurant dans le manuel diagnostique des troubles mentaux (DSM-5), notamment dans le tableau clinique de la schizophrénie et d’autres troubles psychotiques, bien que le terme, comme bien des termes relevant de la psychologie, puisse faire l’objet d’abus de langage et être utilisé pour qualifier des traits de personnalité).
Définition : Obsession qui pousse à voir ou chercher du sens, des signes, des symboles en toute chose.
Étymologie : Du grec, σημεῖον, signe (cf. : polysémie, pluralité de significations) et μανία, folie, suffixe exprimant une passion excessive (cf. : pyromanie, passion obsédante pour le feu).
Histoire : Néologisme formé en 2024 par moi-même
Synonyme(s) : un mot, c’est déjà bien. Antonyme(s) : sémio-adiaphorie (du grec ἀδιαφορία, indifférence)
Exemple(s) : « La sémiomanie est une tentation universelle, peut-être même un instinct primaire. Il n’y a pas de hasard. C’est vrai, et pourtant, on a souvent tort de le dire. Ne pas croire au hasard, l’autre nom que nous donnons à la complexité du réel lorsqu’elle dépasse notre entendement, c’est prendre le risque de réduire le monde à la caricature d’un blockbuster américain. Au passage, c’est aussi un bon moyen de se sentir très intelligent pour celui qui n’a pas compris que prendre la mesure de son ignorance est la marche la plus solide sur la voie de la connaissance, pour peu que l’on ne se contente pas de rester assis bêtement sur cette marche. » Milouka, Blog, 2024
Discussion : Les climato-sceptiques et leur suite royale de covido-sceptiques [et autres fosses sceptiques – pardon, jeu de mots éculé] s’étant accaparé le sublime σκεπτικός (skeptikos) des grecs anciens, ils nous en ont ainsi interdit l’accès dans son juste sens. En effet, ils ont détourné le concept même du doute en tant que suspension du jugement pour en faire un pseudo-doute unilatéral. Tant que les usagers n’auront pas accepté de remettre à sa place linguistique ce qui n’est qu’un dénialisme, nous ne pourrons plus faire bon usage du mot. En conséquence, privés de sémioscepticisme, pour qualifier la posture raisonnable entre la sémio-adiaphorie et la sémiomanie, il ne nous reste guère que la sémiodubitation.
Il y a une chose que les médecins ne semblent pas apprendre au cours de leurs longues études : dire « je ne sais pas ».
Et pourtant, si un jour, vous vous êtes entendu dire que vous aviez une maladie ou un trouble idiopathique, c’est exactement ça qu’il fallait comprendre. Le médecin vous confirme que vous avez un truc, bénin ou pas, passager ou pas, mais il/elle n’a foutrement aucune idée de la cause de ce truc et probablement guère plus de la meilleure façon de vous aider. Son seul espoir est que ce mot, avec ses nobles racines grecques et sa gueule de diagnostic, suffise à vous apaiser.
Sauf que ce mot est l’exact opposé d’un diagnostic. Il est le symptôme d’une médecine qui refuse d’admettre son ignorance dans la langue du patient.
Peut-être que la force de cet effet contextuel (plus connu sous le nom d’effet placebo) par la reconnaissance du mal et le chic de l’étiquette peut fonctionner chez certains patients. J’ai tout de même un doute, dans la plupart des cas.
Ainsi, j’ai eu le bonheur de me faire diagnostiquer il y a bien longtemps une splendide « colopathie fonctionnelle idiopathique ». Le gastro-entérologue avait l’air assez satisfait. Bien sûr, il ne savait pas que le déchiffrage du jargon médical était le cœur de mon métier. Quant à moi, donc, je suis repartie avec mon « mal de bide chronique inexpliqué » et la certitude que mes désagréments digestifs n’auraient pas été aggravés par un diagnostic plus honnête du type : « je suis désolée, madame, je ne sais pas ». En revanche, mon estime pour ce professionnel de santé en eût été grandement améliorée.
Petite proposition de script à destination des médecins trop friands d’idiopathisme :
Votre souffrance est bien réelle, mais malheureusement, je n’ai pas réussi à en identifier la cause. Je vous ai prescrit tous les examens pertinents pour vérifier qu’il n’y a rien de grave. Les résultats sont rassurants. C’est tout de même une bonne chose, même si ça ne fait pas disparaître le problème. Nous pourrons chercher ensemble [ou je pourrai vous orienter vers des collègues pour chercher] des moyens empiriques d’atténuer votre souffrance au quotidien. Vous pouvez aussi vous rapprocher d’associations de patients, qui pourraient avoir des conseils utiles à partager avec vous. Peut-être qu’à l’avenir, les avancées des connaissances nous permettront de mieux comprendre et traiter ce dont vous souffrez. En attendant, j’espère que vous trouverez des moyens de mieux vivre avec et nous ferons tout notre possible pour vous y aider.
C’est sûr, c’est plus long. Mais je suis sûre que l’effet placebo n’en serait que renforcé.
Discussion entre des potes de gauche (précision importante dans le contexte d’une élection au cours de laquelle l’intégralité de la droite, centre compris, s’est accordée sur une stratégie de diabolisation de la gauche fondée sur la seule accusation irresponsable d’antisémitisme) :
B : De toute façon, il paraît qu’on est tous antisémites. C : Bah moi, j’ai pas de problème à être antisémite vu que je déteste toutes les religions. E : [avale sa langue] Oui, enfin, tu sais qu’il y a plein de juifs qui ne croient pas en dieu ? C : Non, mais ça, moi… J’ai un problème avec ça. J’ai entendu Agnès Jaoui dire qu’elle était juive et athée. Ça me pose problème. Si t’es athée, t’es pas juive ! E : Bah si, beaucoup de gens se considèrent comme juifs en étant athées, parce que c’est plus qu’une religion, c’est aussi une culture, et… B : Ouais, comme on peut se dire de culture chrétienne.
On respire, et on reprend.
Outre que dire « je n’ai pas de problème à être antisémite », c’est oublier ou nier le sens des mots tel qu’il s’est forgé dans l’histoire et que ce n’est absolument pas plus entendable que ne le serait « je n’ai pas de problème à être islamophobe » ou équivalent, rien ne va dans cette conversation.
Je ne blâme personne de ne pas bien comprendre ce que ça veut dire, être juif. Plus de deux mille ans plus tard, pas mal de juifs continuent de se poser eux-mêmes cette question. Mais je pense pouvoir apporter modestement un petit éclairage.
D’abord, que ça te plaise ou non, C, il existe un athéisme juif et ce depuis longtemps.
Ensuite, B, bien que j’apprécie la volonté d’apaisement qui sous-tendait ta comparaison avec une « culture chrétienne », je pense qu’elle a de grosses limites et qu’il existe une comparaison bien plus judicieuse.
Je n’ai jamais entendu un athée se revendiquer chrétien. Certains peuvent dire que leur pays a des racines chrétiennes. Je n’ai pas grand-chose à redire à ça, même si on pourrait en discuter. Mais je ne vois pas vraiment ce qu’il y a de comparable avec une personne athée qui se considère comme pleinement juive.
Mais alors, C, tu vas revenir à la charge et me demander comment elle peut se considérer comme juive si elle n’adhère pas à la religion idoine.
Laisse-moi te poser à mon tour une question :
Est-ce qu’il te viendrait à l’esprit de contester son sentiment d’identité à une personne Rom (Tzigane, Manouche, etc.) au prétexte qu’elle ne croit pas ou plus en dieu ?
Cette comparaison-là, B, me semble nettement plus pertinente.
– Oui, il y a une culture, en vérité des cultures Roms, comme il y a des cultures juives. Avec notamment des coutumes et des langues, qui peuvent varier selon les zones géographiques d’implantation. – Les Roms comme les Juifs ont connu de longue date la diaspora. Leurs peuples ont une histoire. – Les uns comme les autres ont connu génocides et persécutions, y compris par les nazis. – Dans certaines de leurs musiques, même, on retrouve des parentés. – Point anecdotique, et quoi que je pense de ce genre de réflexe, tous deux ont un mot, gadgé ou goys, pour désigner « les autres »). – Même la taille de leur population totale est à peu de choses près similaire (environ 15 millions). – Ils ont aussi en commun que leur identité s’est entretenue essentiellement par la cohésion sociale, ce qui coule plutôt de source pour des peuples dispersés et persécutés (et ce qui explique d’ailleurs que la perte d’identité se fasse le plus souvent non pas par perte de la foi mais par des unions mixtes). – Et oui, ils sont sans doute bien moins nombreux, mais il existe également des Roms athées. (Sais-tu d’ailleurs que certains sont musulmans, bouddhistes, orthodoxes et j’en passe ? C’est donc bien que leur identité ne dépend pas de leur religion, non ? Quand bien même les juifs croyants n’en ont qu’une, je ne vois pas la différence. C’est bien qu’une identité peut découler d’autre chose que d’une religion ou d’une appartenance nationale.)
Pour finir, les uns comme les autres suscitent encore aujourd’hui la haine ou la méfiance, à ceci près qu’il y a sans doute encore moins de monde pour prendre la défense des Roms et que les premiers sont accusés d’être des voleurs tandis que les seconds sont juste suspectés d’être avares, vicieux et d’aspirer à être les maîtres du monde.
Voilà. J’espère que cette comparaison pourra vous aider, mes amis, à mieux comprendre ce bizarre sentiment d’identité.
Je rêve d’un jour où les discussions sur les sentiments d’identité, quels qu’ils soient, pourront être enfin autre chose que des prétextes à l’exclusion, aux préjugés et aux haines. Nous sommes tous riches d’identités souvent composites, bien au-delà des dieux et des territoires. Et nous devrions être libres d’en faire ce que bon nous semble.
Patcha, Shalom, Peace man ! We’re all just humans after all (at least, most of us are, anyway !)
Quelles différences entre un psychiatre, un psychologue, un psychanalyste, un psychothérapeute et un psychopraticien ?
Numéro 1 : la formation
Le psychiatre est le seul à avoir fait des études de médecine (le « iatre » du psychiatre), avec une spécialisation en psychologie.
Le psychologuedoit avoir fait des études universitaires complètes en psychologie (licence, master, mémoire de recherche et stage) et être inscrit au répertoire national et départemental.
Je ne rentrerai pas dans le détail de la nature et de la qualité des formations, c’est un autre sujet. Du moins peut-on affirmer que ces professionnels-là disposent de formations poussées et reconnues, qu’ils peuvent être considérés comme des professionnels de la santé mentale et que leurs professions sont réglementées.
Quant au titre de psychanalyste, il n’est pas réglementé et n’a aucun statut légal. L’Institut français de psychanalyse définit lui-même le psychanalyste comme un « intellectuel ». Faute de réglementation, aucune formation ne s’impose légalement. N’importe qui peut poser sa plaque. Si toutefois ils aspirent à une certaine légitimité au sein de leur communauté, les psychanalystes devront avoir eux-mêmes fait une analyse et, selon l’Institut susmentionné :
« Les psychanalystes devraient idéalement pouvoir justifier d’un diplôme de niveau bac + 5, en psychologie, en psychopathologie ou en psychanalyse, ou, si tel n’est pas le cas, d’un équivalent dans un autre domaine scientifique témoignant d’une capacité d’approfondissement d’un travail ordonné et évalué ». Tout est dans le « idéalement ».
Depuis une loi relativement récente (2004, décret en 2010), le « titre » de psychothérapeute est lui aussi réglementé :
« L’inscription sur le registre national des psychothérapeutes […] est subordonnée à la validation d’une formation en psychopathologie clinique de 400 heures minimum et d’un stage pratique d’une durée minimale correspondant à cinq mois […]. L’accès à cette formation est réservé aux titulaires d’un diplôme de niveau doctorat donnant le droit d’exercer la médecine en France ou d’un diplôme de niveau master dont la spécialité ou la mention est la psychologie ou la psychanalyse. »
Le psychothérapeute pourra donc être un médecin ou un psychologue, ou encore un psychanalyste qui a fait des études « agréées »*. Le terme ne désigne pas réellement un titre, mais davantage une pratique.
Sur la question de la formation, j’hésite à évoquer le psychopraticien, puisque la réponse est « néant ». Il s’agit moins d’un titre que d’une appellation d’origine non contrôlée. Aucune réglementation, aucune réalité solide, juste une étiquette pour ceux qui souhaitent vendre de la « thérapie » sans la moindre qualification. D’où sa récupération par une diversité ébouriffante de professionnels de l’ésotérisme.
Numéro 2 : la pratique
Une chose est sûre : dans la pratique, le psychiatre est le seul à pouvoir prescrire des médicaments. Personne ne dit, bien sûr, que les médicaments sont la réponse à tout en matière de santé mentale, mais ceux qui refusent par principe le recours à ce qu’ils appellent avec dégoût « la chimie » ont à mon sens une posture criminelle (et accessoirement ignorante).
Cette distinction mise à part, le sujet de la pratique devient infiniment plus complexe.
Il existe une quasi infinité de courants, sur un large spectre qui s’étend de l’hallucination mystique à la psychologie fondée sur les données probantes (un chantier en construction, mais qui s’appuie sur des fondations solides), en passant par divers degrés de philosophies, souvent brodées autour de névroses** personnelles (sic).
Concrètement, pour caricaturer un chouïa, juste un chouïa, certains vous proposeront des méthodes imaginatives pour réaligner vos chakras, d’autres vous inviteront à parler en longueur de votre maman, tandis que les derniers chercheront avec vous à comprendre la nature exacte de votre souffrance puis à construire ensemble des solutions efficaces.
Tous ou presque (y compris, parfois, ceux qui n’en ont pas le droit) vous proposeront une psychothérapie, mais la forme que prendra cette dernière sera extrêmement variable.
Histoire de simplifier encore les choses, certains psychiatres et psychologues pratiquent des psychothérapies d’orientation analytique, d’autres pas, et tous ne vous préciseront pas quelle est leur école de pensée lors de votre première rencontre. Certains psychiatres et psychologues aspirent à plus de scientificité dans leur pratique (non, ce n’est pas une insulte, ça veut juste dire qu’ils acceptent d’évaluer l’efficacité de leur pratique), mais parmi eux, il en est qui cèdent un peu trop vite aux sirènes de nouvelles techniques non éprouvées. Rien n’est la garantie de rien. C’est la jungle.
Alors, comment s’y retrouver ? Comment décider du psy à consulter ?
Si vous allez plutôt bien (y compris financièrement) mais que vous ressentez une légère irritation au niveau du chakra inférieur gauche les nuits de pleine lune, vous pouvez sans trop de risque vous rendre chez le psychopraticien le plus proche.
Si vous avez vraiment besoin de parler de votre maman, sans que votre vie en dépende, vous trouverez une vaste gamme de psychanalystes à votre disposition. Freudiens, Jungiens, Lacaniens, pour les plus connus, et bien plus encore. They come in all kinds of shapes and colors !
Si vous subissez une dépression, par exemple, commencez par aller voir votre généraliste, ou éventuellement un psychiatre si vous avez les moyens. En tant que médecin, le psychiatre est remboursé, mais les dépassements d’honoraires scandaleux sont loin d’être rares. Sinon, vous avez bien les CMP (centres médico-psychologiques), dont les psychiatres et psychologues accueillent gratuitement les personnes en souffrance psychologique… moyennant six mois d’attente et une prise en charge parfois indigente (faute de temps et de moyens, probablement). Si vous avez besoin d’une psychothérapie, après la consultation du généraliste, à votre place, j’opterais pour un psychologue. Là encore, les pratiques sont diverses et il est important de discuter dès le début de la méthode employée par le professionnel pour vous assurer qu’elle vous convienne.
Si vous avez un besoin spécifique bien identifié (une phobie, par exemple), le plus sûr serait de trouver un psychologue spécialisé. Il en existe plein.
Bref, je n’ai pas fait le tour du sujet. Il faudrait des années.
Tout ça est bien compliqué, malheureusement. Je dirai, en résumé : si vous allez mal, hôpital (en cas d’urgence aiguë), généraliste, psychiatre ou psychologue, selon la situation. Et pour le reste : ne soyons pas passifs ! renseignons-nous sur la formation, le courant de pensée et les méthodes de nos professionnels de santé mentale. Et n’hésitons pas à en changer, si nécessaire. Puis, pour les plus courageux, militons pour une prise en considération sérieuse de la santé mentale car, non, ce n’est pas un sujet anecdotique.
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* « Il existe aujourd’hui des formations en psychopathologie et en psychanalyse, de qualité variable selon le degré d’idéologie dont elles peuvent être imprégnées, dont quelques unes sont agréées pour le titre de psychothérapeute, dispensées en particulier au sein de cursus universitaires. » (Institut français de psychanalyse)
** Névrose ? Grosso merdo, un trouble psychique dont le patient est conscient mais qui prend naissance dans son inconscient (l’inconscient psychanalytique, bien entendu).