Mise à jour des 10 commandements

Considérant que :

il en va de la loi comme de la science : un concept immuable, qui ne s’actualise pas à la lumière de l’évolution des connaissances et du réel, est un concept inique

il convient de procéder à une révision complète des textes de loi suivants

Prologue : « Je suis l’Éternel, ton Dieu, qui t’ai fait sortir du pays d’Égypte, de la maison de servitude. »

Alors, déjà, on ne se connaît pas, je ne te permets pas de me tutoyer. Ensuite, je suis allée en Égypte une seule fois, de mon plein gré, j’en suis sortie toute seule comme une grande et je tiens à dire que j’y ai été très bien traitée. Enfin, tu peux t’autoproclamer « éternel » et « dieu », même avec une majuscule, si ça te fait bander, mais c’est moi et moi seule qui décide qui est « mon » dieu. En l’occurrence :

oui, je suis polythéiste et je fais ce que je veux

Article 1 : « Tu n’auras pas d’autres dieux face à moi. »

Tu m’écoutes ou quoi  ? Je viens de te dire que j’étais polythéiste  ! Après, si c’est le «  face à moi  » qui te rend chafouin, je veux bien adorer mes dieux dans ton dos, mais vu qu’il paraît que tu es omnitout (omniscient, omniprésent, omnipotent, et omnichiant, apparemment), ça risque d’être compliqué. On fait quoi  ?

Article 2 : « Tu ne te feras point d’image taillée, ni de représentation quelconque des choses qui sont en haut dans les cieux, qui sont en bas sur la terre, et qui sont dans les eaux plus bas que la terre. Tu ne te prosterneras pas devant elles, et tu ne les serviras point ; car moi, l’Éternel, ton Dieu, je suis un Dieu jaloux, qui punit l’iniquité des pères sur les enfants jusqu’à la troisième et la quatrième génération de ceux qui me haïssent et qui fais miséricorde jusqu’en mille générations à ceux qui m’aiment et qui gardent mes commandements. »

Putain, il est long, celui-là  ! Un vrai catalogue de red flags… Bon, tu es jaloux, mais tu en es conscient, c’est un bon début. Mais non, ça ne te donne pas le droit de m’interdire de faire de la sculpture ou des gravures si j’en ai envie (tu aurais sans doute ajouté les photos, si tu avais eu un smartphone – par contre, j’ai pas compris  : j’ai le droit de dessiner  ?).
Bon, pis c’était vraiment la peine de détailler «  dans le ciel blablabla, sur terre blablabla et dans l’eau blablabla  »  ? Tu pouvais t’arrêter à «  choses  », non  ? ça alourdit vachement le propos, je trouve, enfin, c’est juste mon avis.
Bref, revenons à ton problème de jalousie. Tout bon psy (ou ami, si t’en as) te le dirait  : ta jalousie n’a rien à voir avec moi, c’est juste ton insécurité qui s’exprime. Si je peux me permettre, elle transpire aussi dans cette façon que tu as d’essayer de te faire mousser. Quelqu’un qui dit trop combien il s’aime, c’est toujours un peu suspect.
Ah oui, et aussi, une petite question logique  : tu punis jusqu’à trois et quatre générations (donc, quatre, en fait  ?) ceux qui te haïssent mais tu «  étends [ta] bienveillance à la millième  » pour ceux qui t’aiment. C’est cumulable  ? Si dans la filiation, il y en a un qui t’aime, un qui te hais, un qui t’aime, un… tu fais comment pour gérer les punitions et la miséricorde  ? Ça doit être vachement compliqué.
Blague à part, je fais ce que je veux. Mes pratiques artistiques ne te regardent pas et si je veux me prosterner devant une représentation quelle qu’elle soit, je n’ai pas besoin de ton autorisation. La jalousie est une maladie grave, je ne t’appartiens pas et je pense vraiment que tu devrais consulter.

Article 3 : « Tu n’invoqueras point le nom de l’Éternel, ton Dieu, en vain ; car l’Éternel ne laissera point impuni celui qui invoque son nom en vain. »

Je peux comprendre que tu n’aies pas envie de recevoir des textos au milieu de la nuit, mais il faut vraiment que tu fasses quelque chose pour tes problèmes de gestion de la colère, mec. Ne pas me laisser impunie, c’est une menace pure et simple. Une chouille disproportionnée, qui plus est. Si tu reçois trop d’appels qui ne servent à rien ou qui t’importunent, tu peux bloquer les numéros, tu sais  ? ou t’inscrire sur la liste d’opposition au démarchage. Et si c’est tes potes qui te harcèlent, tu peux en discuter calmement. Pas obligé de passer tout de suite aux menaces.
Sinon, si par «  invoquer  », tu veux dire que tu n’es pas fan de ceux qui citent ton nom à toutes les sauces pour justifier tout et n’importe quoi… il faudrait que tu viennes faire un tour par ici, sur la petite planète bleue, parce que pour le coup, c’est vrai qu’il y a un paquet de gens qui se servent de ton nom pour cautionner les horreurs qu’ils commettent. Et avec les deep fakes, ça ne risque pas de s’arranger.
Après, ça ne va pas te plaire, mais il y a un truc qui s’appelle la liberté d’expression et auquel on est assez attachés, ici. Dans les limites de nos lois. Donc, ton nom, bah, j’en fais ce que je veux. Blasphème inclus.

Article 4 : « Souviens-toi du jour du repos, pour le sanctifier. Tu travailleras six jours, et tu feras tout ton ouvrage. Mais le septième jour est le jour du repos de l’Éternel, ton Dieu : tu ne feras aucun ouvrage, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton serviteur, ni ta servante, ni ton bétail, ni l’étranger qui est dans tes portes. Car en six jours l’Éternel a fait les cieux, la terre et la mer, et tout ce qui y est contenu, et il s’est reposé le septième jour : C’est pourquoi l’Éternel a béni le jour du repos et l’a sanctifié. »

Et c’est reparti pour la logorrhée…
Désolée de te décevoir, mais cet article a déjà été amendé. Ton ordre est donc caduc, illégal. La norme est à la semaine de cinq jours. Et histoire de te foutre encore plus en rogne, il y a plein de gens qui bossent le dimanche, ou n’importe quel jour de la semaine, en fait. Quant à nos jours de repos, au risque de me répéter, on en fait bien ce qu’on veut.
Monsieur (qui au passage parle de lui-même à la troisième personne) a fini tout son taf en six jours, donc on devrait tous se caler sur son rythme de travail ? Bah non, ça ne marche pas comme ça. Et comme il est super fier de la qualité de son job, on devrait tous passer notre temps de loisir à le féliciter et à faire la sieste avec lui, parce que le pauvre choupinou s’est donné à fond ? (Avec six jours de boulot dans sa vie éternelle, il a tous ses points retraite ?)
Niet, je bosse quand je veux (ou quand je peux) et je fais du reste de mon temps ce que bon me semble. Ma liberté n’est pas négociable, combien de fois je vais devoir te le dire ?

Article 5 : « Honore ton père et ta mère, afin que tes jours se prolongent dans le pays que l’Éternel, ton Dieu, te donne. »

Petit point de rappel sur l’état de la loi (la vraie)  : oui, un enfant a une obligation dite «  alimentaire  » à l’égard d’un parent qui n’est pas en mesure d’assurer ses propres besoins, sauf dispense. En revanche, aucun enfant n’a l’obligation d’aimer ou d’honorer ses parents.
Si c’est pour ta petite personne que tu t’inquiètes, monsieur dieu le père, tu peux peut-être en discuter avec ton fiston (tu sais, celui que tu as regardé se faire zigouiller avec délectation et qui, à ma connaissance, est rentré au bercail depuis). S’il ne t’honore pas assez à ton goût, il y a peut-être un peu de remise en question à faire. Aucun parent n’est parfait, mais on peut toujours s’améliorer. Ou essayer.
Quant à nous, fiche-nous la paix. On honorera nos parents s’ils le méritent.

Article 6 : « Tu ne tueras point. »

Et bah tu vois  ! Quand tu fais court, c’est vachement mieux.
Là-dessus, on peut se mettre d’accord. Même s’il est un peu regrettable d’avoir à le préciser. Et même si personne ne devrait être motivé par l’obéissance à un dieu vengeur pour respecter une loi aussi évidente. Le bon sens, la protection réciproque inhérente au désir de «  vivre ensemble  », devraient y suffire.
Mais admettons. Cet article ne sera pas abrogé.

Article 7 : « Tu ne commettras point d’adultère. »

Je salue l’effort : tu as fait court, là aussi. Mais tu t’es foiré. Peut-être le manque d’expérience pratique ? (Non, l’insémination spirituelle d’une femme mariée à un charpentier, ça ne compte pas comme de l’expérience. Par contre, gros point contre ton camp, espèce de faux-cul. Parles-en à Joseph.)
Cela étant dit, occupe-toi de tes fesses. Tant que je respecte mon ou ma partenaire, je fais bien ce que je veux des miennes.

Article 8 : « Tu ne déroberas point. »

Globalement, c’est vrai  : sauf nécessité vitale ou désobéissance civile, il est préférable d’éviter les larcins.
Bizarrement, ce commandement est davantage respecté, statistiquement, par ceux qui sont dans le besoin que par ceux qui n’ont d’autre besoin que celui de posséder toujours plus. Comme quoi la loi divine est toujours moins efficace que l’éthique personnelle. Je dis ça, je dis rien.

Article 9 : « Tu ne porteras point de faux témoignage contre ton prochain. »

Vu la gueule de la justice à l’époque où tu as rédigé tes lois, je peux raisonnablement supposer que tu ne faisais pas référence au délit de faux témoignage caractérisé, punissable de 5 ans d’emprisonnement et 75 000 € d’amende. Les exégètes me donnent raison, puisqu’ils considèrent ce commandement comme une condamnation plus générale du mensonge.*
Pardon, j’ai ris. Pour une religion, condamner le mensonge, c’est quand même une putain de mise en abîme, non  ? La «  vérité révélée  » reste le plus pur des oxymores.
Ne t’en déplaise, le mensonge est parfois une nécessité, souvent une politesse et occasionnellement un crime. Le tout est d’en faire usage avec discernement.

Article 10 : « Tu ne convoiteras point la maison de ton prochain ; tu ne convoiteras point la femme de ton prochain, ni son serviteur, ni sa servante, ni son bœuf, ni son âne, ni aucune chose qui appartienne à ton prochain. »

Avant d’en venir à la convoitise, tu ne vois pas comme un problème dans ton énumération, là ? Sa femme, son bœuf ou toute autre chose qui lui appartienne, vraiment ? Tu as besoin que je précise ou tu veux reformuler sans attendre ? C’était peut-être ok en ton temps, en moins super longtemps avant ton fils, mais aujourd’hui, en #meetoo plus neuf, plus grand monde n’a envie de sourire à ton humour de patriarche misogyne.
Maintenant, pour entrer au cœur de la question : convoiter, c’est quoi ? D’après le dico, ça veut dire « désirer avec avidité ». Je t’ai concédé l’article 8, au moins partiellement : chouraver, on évite. Mais là, on parle d’autre chose. Tu entends régir mes désirs. Et sur ce coup, gars, on tombe dans l’emprise mentale. Je ne te permets pas.

il est décidé en conséquence que :

Les articles 1, 2, 3, 4, 5, 7 et 10 sont abrogés.
L’article 6 est conservé.
L’article 8 est amendé comme suit : « Tu ne voleras point. Si tu venais malgré tout à voler, les circonstances atténuantes ou aggravantes seraient seules à même de déterminer si la violation est punissable et dans quelle mesure. »
L’article 9 est amendé comme suit : « Tu ne feras point de faux témoignage sous peine de poursuites en vertu de l’article 434-13 du Code pénal. Pour le reste des mensonges, je fais confiance à ton intelligence pour distinguer quand ils relèvent de la civilité, voire de la bienveillance, et quand ils sont mal intentionnés. »


* Croustillant (la paille, la poutre). Les dix commandements pour les nuls, racontés par l’église de Nancy :
« Mentir signifie parler ou agir consciemment et délibérément contre la vérité. Celui qui ment s’abuse lui-même et trompe ceux qui ont le droit de connaître toute la vérité.  »
(https://www.catholique-nancy.fr/wp-content/uploads/sites/45/2022/03/les-dix-commandements-explications.pdf)

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