iel a parlé

On devrait apprendre à mieux penser avant d’apprendre à mieux parler…

Je m’interroge : si une personne se sent à la fois « il » et « elle » ou alternativement « il » et « elle », je comprends « iel ». Mais si une personne ne se reconnaît ni comme « il » ni comme « elle, ne devrait-on pas la désigner par le pronom « niel », plutôt que « iel » ?

Bref.

Je n’ai pas besoin d’être convaincue du pouvoir des mots. Non, vraiment, pas moi.

Et j’ai déjà exprimé mon point de vue sur l’inclusion dans l’écriture (ici).

Encore faudrait-il ne pas oublier que les mots se forment dans l’esprit avant de passer sur nos lèvres.

Toute personne doit pouvoir décider, pour ce qui la concerne, du pronom utilisé pour la désigner, « iel » inclus si c’est là que va sa préférence.

Pour le reste du débat, je ne peux que me répéter : contre l’exclusion, l’invisibilisation de quelque genre ou non-genre que ce soit, la solution ne peut être que l’exclusion, l’invisibilisation, l’indifférence au genre en général.

Liberté.

« Liberté ! Liberté de ne pas me faire vacciner ! Liberté de ne pas porter de masque ! Liberté de choisir parmi les règles de la société celles que je souhaite respecter ! »

Liberté de nuire ?

C’est aussi au nom de leur sacro-sainte liberté individuelle qu’un certain nombre d’américains revendiquent leur droit à détenir des armes à feu.

Certaines libertés sont mortifères.

La liberté absolue de l’individu est une dictature imposée à autrui.
Souvenez-vous, vous avez appris ça quand vous étiez petits : la liberté des uns s’arrête où commence celle des autres.
Ça s’appelle « faire société ».

Refuser l’idée que notre liberté puisse avoir des limites, ça s’appelle être un sale gosse tyrannique. S’obstiner à le faire jusqu’à la violence, ça s’appelle être sociopathe.

Printemps imminent.

Guerres intestines.

Ce fichier est utilisable selon les termes de creative commons_Pour des utilisations professionnelles (édition, film) contact : marie@docher.com Clitoris 3D Version 2

Il y a des guerres qui méritent d’être menées. Et puis, il y a les autres. Il y a les luttes qui convergent et il y a ceux qui se trompent de combat.

En la matière qui m’intéresse ici, que la lutte converge, c’est en un mot un seul presque un pléonasme.

Quand je vois une amie, dont l’engagement pour la tolérance et le féminisme ne saurait être mis en question, se faire insulter et harceler sur les réseaux sociaux par des militants de la cause trans sous prétexte qu’elle a osé partager une illustration de clito légendée « toutes les femmes ont un clito » et que, vous comprenez, c’est excluant et gna-gna-gna… je me dis que, vraiment, il y a des greffes de neurones qui se perdent. Je suis écœurée de la violence qu’elle a eu à subir et désespérée de la bêtise qui sous-tend cette violence. Ces personnes n’ont donc rien compris ? Obnubilées qu’elles sont par leur propre guerre, cent fois mille fois légitime, elles s’en prennent à quiconque mène une guerre qui n’est pas précisément la leur, alors même que ces luttes sont sœurs, par essence, et devraient marcher côte à côte pour unir leurs forces.

Mais non. Le message leur échappe.
Peut-être la légende était-elle trop sibylline ? Peut-être eut-il fallu mettre en gras le seul mot qui compte et, indice, qui n’est ni « toutes » ni « femmes ». Que toutes les personnes qui se définissent comme femmes n’ait pas un clito, et inversement, ou que des personnes qui ne se définissent pas du tout ou se définissent encore autrement ait ou n’ait pas de clito, ce n’est pas le sujet. J’ai même envie de dire qu’on s’en tamponne le clito/coquillard/autre (rayer les mentions inutiles)… Le sujet, le seul, c’est cet organe et l’arme d’oppression qu’a été, qu’est encore, sa négation, son instrumentalisation, sa méconnaissance. Point final.

Ramener la question à leur propre lutte, à elle exclusivement, et avec une telle violence, cela revient à censurer toute lutte qui n’est pas la leur et à se mettre en guerre contre leurs alliées les plus intimes. C’est absurde, c’est contre-productif et c’est blessant.

De façon générale, toute mise en concurrence de combats pour une cause commune (qu’il s’agisse de l’égalité des droits, du respect et de la tolérance, de la rigueur scientifique, de l’antiracisme, d’une vision politique ou que sais-je encore) me semble être une aberration. La discussion et le débat sont sains, parfois utiles, toujours justifiés. Mais au bout du compte, ce qui offrira à ces combats le plus de chances d’avancer, ce sera toujours l’union, le consensus. Sur quelle base pouvons-nous a minima nous mettre d’accord  ? Pour le reste, nous nous battrons chacun de notre côté, mais sur ces points-là, au moins, nous serons plus forts.

Que l’on parle d’holocauste, d’esclavage, de colonisation, de quoi-que-ce-soit-phobie ou de toute autre persécution systémique, la mise en concurrence des souffrances n’a jamais fait progresser personne, individu ou société. Minimiser, relativiser, voir nier la souffrance de l’autre pour mieux faire reconnaître la vôtre, c’est con, c’est cruel et ça ne marche pas. Alors oui, peut-être qu’une légende du type «  Libérons le clito  » ou «  N’oubliez pas que vous avez un clito  » eut été plus consensuelle, peut-être était-ce faire trop confiance à votre intelligence que de penser que vous comprendriez que c’était là le sujet, mais dans l’histoire, vous resterez les plus coupables. Vous menez votre combat sur le mauvais champ de bataille. Votre combat peut être juste à la base, mais en vous trompant d’ennemi, vous finissez bel et bien par vous tromper de combat.

Doute douteux.

Quand on parle des personnes qui partagent en masse le moindre fake et qui adhèrent à toutes les théories fumeuses (pas nécessairement complotistes, mais indubitablement sans fondement) allant dans le sens dans leur défiance, il est de bon ton de conclure que ces personnes adoptent une bonne démarche, celle du doute, mais de la mauvaise façon, qu’elles doutent de la parole officielle, politique, médiatique, scientifique, mais omettent d’appliquer la même prudence face aux paroles non officielles.

Ça me pose un petit problème.

J’ai quand-même du mal à considérer que ces personnes soient dans une posture de doute, de façon générale. Elles le pensent, c’est sûr, oui. Mais j’ai plutôt l’impression qu’elles sont convaincues d’emblée que toute parole officielle est un mensonge, ce qui explique la confiance excessive qu’elles accordent d’emblée à n’importe qui venant contester cette parole.

Je ne vois pas beaucoup de doute là-dedans.

Big Pharma, les vaccins et les gros sous.

On peut être dans le vrai et, dans le même temps, avoir tout faux. Car le réel est souvent complexe, mais l’esprit humain raffole de simplicité. Heuristique, quand tu nous tiens…

Argument courant (parmi d’autres) de la défiance à l’égard des vaccins, et ceux contre la COVID-19 n’y échappent pas : la cupidité des labos. « Tout ce qui intéresse l’industrie pharmaceutique, c’est le fric. Ils sont donc prêts à nous sortir des vaccins inefficaces et/ou dangereux juste par appât du gain. Je n’ai pas confiance, je n’en veux pas. »

C’est vrai, nous vivons dans une économie capitaliste. Ces entreprises cherchent le profit. Et on peut estimer que c’est un problème puisqu’il s’agit de santé. Mais dans ce cas, il faudrait envisager de voter pour des gens qui aspirent à développer une recherche publique solide et des laboratoires tout aussi publics (ça existe, des gens comme ça  ?), plutôt que d’attendre d’un secteur privé dans une économie ultralibérale qu’il se comporte comme un organisme à but non lucratif.
Mais c’est un autre sujet.

Donc oui, «  Big Pharma  » veut remplir la tirelire. Sauf que…

  • D’une, les vaccins, bah, c’est franchement pas ce qui rapporte le plus. Ça coûte cher à développer. Parfois, les recherches échouent, et là, c’est pure perte. Mais même quand ça marche, ça se vend bien moins cher que pas mal de médocs prescrits en masse et au long cours. Du coup, au final, la marge de profit, elle est assez bof.
  • De deux, les meilleurs clients, les plus gros consommateurs de médicaments, figurez-vous, c’est les personnes âgées, qui sont aussi les principales victimes de la COVID-19. Dès lors, si la prémisse « Big Pharma veut faire des thunes » est juste, on se rend bien compte qu’en déduire « ils se foutent de l’efficacité ou de la sécurité de leur vaccin » est un non-sens. Pour continuer à vendre des traitements aux vieux, il est quand-même préférable que les dits-vieux soient en vie.

Ils ont donc intérêt à ce que leurs vaccins soient sûrs et efficaces. Pour le prestige de l’entreprise (non négligeable pour la pérennité économique), pour sauver leurs propres fesses aussi (parce que le virus, hein, il ne s’arrête pas à la porte des labos), mais surtout pour pouvoir continuer d’engranger du pognon. Vous trouvez ça cynique  ? Sans doute, oui. La loi du marché n’a pas de morale.

Néanmoins, vous pourriez y voir une raison d’être rassurés : vous pouvez vous faire vacciner en confiance, tout en conservant votre pleine défiance à l’égard de ces salops qui, exceptionnellement*, vous veulent du bien, pour leur propre bien.

* En vrai, ça n’a rien d’exceptionnel. C’est même un peu sur ce principe que s’appuient les pouvoirs publics pour livrer la santé aux intérêts privés tout en gardant bonne conscience. Parce qu’ils œuvreront pour le bien général, même si c’est pour de mauvaises raisons. Sauf que ça ne marche pas toujours…