La vérité et la liberté

Photo apaisante sans rapport avec le sujet

Les deux réponses en vogue pour couper court au débat.

1. «  Tu ne détiens pas la vérité, ni toi ni moi ne détenons la vérité.  »
2. «  Chacun est libre de penser ce qu’il veut.  »

Détenir la vérité, ça n’a pas beaucoup de sens. Mais admettons qu’il s’agisse en fait de «  connaître la vérité  ». Comment se construit la connaissance d’une vérité  ? Par l’exploration des hypothèses, pour celui qui dispose des outils d’une telle exploration. Par adhésion, par sympathie (au sens vibratoire du terme), pour les autres. Cette vérité vous parle, vous plaît, elle fait écho à votre vision du monde. Vous la faites vôtre, vous l’adoptez. Et vous recherchez ensuite tout ce qui peut la corroborer. Les algorithmes et les bulles sociales étant bien faits, vous n’avez même pas vraiment besoin de chercher, en général. Mais quelques fois, vos bulles se chevauchent et vous vous retrouvez confrontés à l’altérité. Maintenant que vous «  connaissez la vérité  », comment réagir  ? En supposant que l’autre s’est construit sa vérité de la même façon que vous et que sa vérité est sur un pied d’égalité avec la vôtre.
Aucun de nous ne détient la vérité, en vérité [sic], ça veut dire  : «  Ton opinion vaut la mienne.  »

Sauf que non. Quand on parle de science, toutes les opinions ne se valent pas, truthwise.

La science fonctionne par tâtonnements. Elle n’est pas infaillible. Les humains qui la font, non plus. Elle se trompe, elle se corrige. Oui. Mais elle avance. Toujours  ! Justement parce qu’elle se corrige, qu’elle accepte sa faillibilité. Un scientifique qui fait des erreurs est un scientifique. Qui fait des erreurs. Mais un scientifique qui refuse d’admettre ses erreurs est un mauvais scientifique, voire cesse d’être un scientifique.
Et si la science fonctionne, c’est grâce à la méthode. La systématisation des méthodes, reproductibilité, comparabilité, j’en passe et des meilleures.

Bref. Pour reprendre les mots de R. Dawkins  : si vous fondez la médecine sur la science, vous guérissez des gens, si vous concevez les avions en vous fondant sur la science, ils volent, si vous concevez les fusées en vous fondant sur la science, ils atteignent la lune… «  It works, bitches  ».

Sauf, bien sûr, si vous préférez une bonne saignée pour guérir votre hémophilie  ? Ou si vous pensez encore que «  Opération Lune  » était un documentaire édifiant destiné à vous révéler la vérité que les puissants veulent vous cacher  ? Si vous pensez que c’était mieux avant, avant la science  ?

Et nous qui ne sommes pas des scientifiques  ?

Chat plutôt mignon pour potentialiser l’effet apaisant

Nous n’avons pas les moyens de construire une vérité scientifique. Nous ne pouvons que «  croire par délégation  », c’est-à-dire choisir à qui nous accorderons notre confiance. Lourde responsabilité. D’autant que pour savoir si une parole est fiable, il faudrait déjà disposer d’un certain bagage scientifique.
Si vous n’êtes pas prêts à vous farcir des heures de lecture assez peu sexy, souvent ardue, il vous reste une option  : l’humilité. Consentir à ne pas avoir d’avis. Savoir reconnaître quand quelqu’un s’est donné un peu plus de peine que vous pour accumuler des connaissances. Et la patience. Parce qu’à terme, la vérité scientifique se consolide et il ne reste plus grand monde pour la contester. (Enfin… on n’est jamais à l’abri d’une vague de platisme, mais bon, hein.)

Alors, oui, chacun est libre de penser ce qu’il veut. Et vous remarquerez que, vous avez beau ânonner ce mantra à longueur de réseaux sociaux, personne ne vous a jamais contesté cette liberté, en fait. Jamais  ! Alors même que vous ne faites que répéter des choses que, souvent, vous ne comprenez pas. Avec l’assurance éhontée du petit savant gonflé d’ultracrépidarianisme. Tout ce qu’ils ont fait, ces emmerdeurs, ces empêcheurs de sachoir en rond, c’est exposer, argumenter leur point de vue. Mais ce que vous dites vraiment, vous, là, c’est «  laisse-moi tranquille, je ne veux pas discuter, laisse-moi croire ce que je veux  ». D’accord. Vous avez raison  : vous êtes libre de penser ce que vous voulez. Libre au sens où vous en avez le droit. Demandez-vous peut-être si vous êtes aussi libre que vous le pensez. Libre, au sens d’en avoir le choix. Car cette liberté-là n’est pas acquise. Elle se conquiert, à force de connaissances.
Par contre, vous serez toujours libre de ne pas avoir d’avis. Et ce sera parfois le choix le plus sage.

Long, l’hiver

Découvrir l’hiver avec les yeux d’un chaton de dix mois…

Attendre le printemps avec l’impatience d’un humain de cent ans…


Humeur du jour

Humeur du jour

Bloguons un peu

21 janvier 2021

Un journal, pas intime pour deux sous. Juste l’envie de susurrer une idée, de lâcher une image. C’est l’inauguration de l’humeur du jour.
Une pensée, un coup de gueule, une petite histoire. Trois fois rien, un peu tout et, pourquoi pas, n’importe quoi. De toute façon, ce n’est pas comme si quelqu’un allait échouer, intentionnellement ou par accident, sur ce radeau en perdition, dans l’infinie vacuité de l’océan du net.

C’est sans doute ça la liberté.

Gamine, j’ai écrit un poème dont j’étais assez fière. De mémoire, ça donnait ça :

Flamme de désespoir
Océan d’amertume
Âme perdue ce soir
À l’horizon l’écume
Sur le sable déchire
Les vagues qui t’emportent
Vers un lointain empire
Où l’aurore t’escorte

ouais…

Il faut bien le dire, ça n’a pas beaucoup de sens. Du feu, de l’eau. Du soir, de l’aurore. Sans compter un gros problème de perspective : des vagues qui viennent s’échouer sur le sable, à l’horizon, et qui, dans le même élan, t’emportent vers un lointain empire. J’en ai la nausée.

J’étais gamine, mais pas totalement crétine. Je me suis bien rendue compte de la bizarrerie de la chose.
Et pourtant, je m’en foutais. Si je veux être honnête, aujourd’hui encore, je m’en fous pas mal.
Désespoir, amertume, la perte qui vous brûle et vous noie tout à la fois. L’horizon qui vous semble tout proche au crépuscule et vous vole vos plus intimes illusions quand l’aube pointe son nez. La déchirure, cruelle, qui fait mine de vous bercer dans le va-et-vient des vagues.

Cette émotion-là, c’était mon émotion du jour. Probablement le seul poème que je ne renie pas. Je ne me souviens pas de ce qui me l’a inspiré, mais l’émotion est intacte après plusieurs décennies.